Résultats du processus de Montpellier

Préambule : Histoire, origines et intention du processus de Montpellier

En 2021 et 2022, plus de 300 personnes et institutions travaillant à l'interface science-politique et partageant une préoccupation commune pour les défis systémiques de la transformation des systèmes alimentaires se sont réunies à Montpellier, en France.

Ils ont conclu que.. :

  • malgré le consensus scientifique et politique mondial sur la nécessité - affirmée lors du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires de 2021 - d'une transformation radicale de nos systèmes alimentaires pour mieux répondre aux défis sanitaires, environnementaux et socio-économiques mondiaux ;
  • malgré les menaces croissantes que le changement climatique, l'érosion de la biodiversité, la dégradation de l'environnement, les disparités économiques et sociales et les conflits font peser sur la sécurité alimentaire ; et ;
  • Malgré les nombreuses preuves scientifiques disponibles sur ce qu'il faut faire et comment le faire, la transformation des systèmes alimentaires ne se produit toujours pas à la vitesse, à l'échelle ou à l'impact nécessaires.

Il a également été reconnu que les communautés de la connaissance doivent radicalement changer leur mode de fonctionnement si elles veulent relever les défis interconnectés de l'agriculture, de la gestion des écosystèmes et des ressources naturelles, de l'alimentation, du changement climatique, de la biodiversité, de la santé et de l'équité ("Nourrir, Protéger et Soigner") de manière intégrée et s'assurer qu'elles contribuent efficacement à l'accélération significative requise dans la transformation des systèmes alimentaires mondiaux. Ils ont identifié deux défis majeurs :

  1. Comment la science et la connaissance, d'une part, et la politique et l'action, d'autre part, peuvent-elles mieux s'informer et interagir ?
  2. Comment les multiples formes de connaissances existantes peuvent-elles mieux contribuer à la convergence des politiques au niveau mondial, à la cohérence des politiques à tous les niveaux, tout en soutenant la conception et la mise en œuvre de manière à générer des changements significatifs aujourd'hui et à l'avenir ?

Pour relever ces défis, il faut créer les conditions propices à un dialogue continu et itératif et à un partage des connaissances entre les régions, les secteurs et les échelles (du local au mondial et inversement), entre les scientifiques, les institutions, les décideurs politiques et entre la diversité des cultures qui représentent la société dans son ensemble. Cet aspect a été mis en évidence dans la déclaration de Montpellier, publiée le 10 mars 2021 et accompagnée d'un commentaire dans Nature, qui proposait des stratégies et des voies possibles pour accélérer la transformation des systèmes alimentaires. La collaboration avec Nature a donné naissance à l'idée de "mettre en commun l'intelligence collective", que nous appelons aujourd'hui le processus de Montpellier : La mise en commun de l'intelligence collective à travers la science et la politique pour l'action.

Les 2 et 3 octobre 2023, des représentants d'organisations mondiales et des groupes d'experts internationaux se sont réunis à Montpellier pour approfondir les délibérations et les besoins convenus identifiés en 2022 et pour formuler des options de réponses collectives aux principaux défis sociétaux autour du lien "alimentation-soins-protection". L'objectif était de préparer, avant une réunion plus importante prévue en mars 2024, une feuille de route vers un partenariat entre les communautés de connaissances pour la transformation des systèmes alimentaires, et de commencer à structurer une communauté mondiale de pratique, d'apprentissage et d'action à l'interface de la science, de la politique et de la société.


Lors de la réunion d'octobre 2023, la valeur, les opportunités et les défis liés à la création de nouvelles synergies aux interfaces entre la science, la politique et la société ont été discutés à partir de multiples perspectives, avec l'objectif commun de mieux permettre à la science de contribuer à relever les défis auxquels les personnes et la planète sont confrontées - localement et globalement, à travers les disciplines et les cultures. Tirant les leçons des mécanismes et processus existants en matière d'interface science-politique (IPS), nous avons délibéré sur des principes communs, des sujets prioritaires, des approches pratiques et des méthodes de travail innovantes, et nous nous sommes alignés sur les engagements concrets requis de la part des individus et des institutions pour faire avancer avec succès le processus de Montpellier. Ces délibérations ont servi de base à une réunion plus large, plus représentative au niveau mondial et plus orientée vers l'action, qui s'est tenue à Montpellier les 19 et 20 mars 2024.


L'événement de mars 2024 a rassemblé trois cents experts et décideurs. Parmi eux, des scientifiques, des décideurs politiques et des représentants de la société civile de soixante pays et de cinq continents. Pendant deux jours, et en s'appuyant sur les leçons tirées de cas concrets, les participants ont travaillé ensemble pour identifier les impératifs des communautés mondiales de la connaissance afin d'accélérer et d'amplifier leurs contributions à la transformation urgente des systèmes alimentaires comme point d'entrée majeur pour progresser dans le développement durable. L'objectif était également d'orienter la poursuite du développement du processus de Montpellier en tant que véhicule efficace pour réunir des experts internationaux, des organisations scientifiques et des organisations de la société civile afin de mener et de contribuer à relever collectivement les défis mondiaux actuels et futurs en renforçant les engagements efficaces et le dialogue intentionnel entre la science, la politique et la société. La réunion a débouché sur un processus radicalement inclusif de collecte et de valorisation des connaissances cachées dans les domaines contestés de l'espace d'interface entre la science et la politique.


Ce document résume les résultats convenus de cet événement, y compris les objectifs, les principes clés et le travail concret que nous, en tant que communauté mondiale émergente de pratique, d'apprentissage et d'action en interface, nous sommes engagés à entreprendre dans le cadre du processus de Montpellier et au service de progrès urgents pour nourrir la communauté mondiale, prendre soin de ses habitants et protéger la planète.

Le contexte qui nous rassemble

Notre monde est un monde de "polycrise", avec de multiples risques et menaces convergents qui ne montrent aucun signe d'apaisement. La multiplication des conflits et des perturbations géopolitiques majeures, l'accroissement des inégalités et les progrès insuffisants ou les reculs importants dans la réalisation des objectifs convenus au niveau mondial alimentent les inquiétudes existentielles quant à l'avenir de l'humanité. La science confirme que le changement climatique est passé du statut de menace potentielle à celui de menace réelle, avec de fortes répercussions sur les communautés du monde entier, en particulier les plus vulnérables et les plus marginalisées. Six des neuf limites planétaires ont été transgressées1, avec un risque important de déclencher des points de basculement irréversibles2. Près de la moitié de la population mondiale lutte actuellement pour avoir accès à des régimes alimentaires sains sous une forme ou une autre, ce qui met à rude épreuve les systèmes sanitaires, sociaux et environnementaux mondiaux1. Les disparités dans l'accès à des moyens de subsistance valables, à une alimentation saine et à des environnements stables exacerbent les inégalités mondiales3. Ce sont là quelques-unes des crises qui empêchent de garantir l'avenir sûr, équitable et durable que nous souhaitons tous.


Dans ce contexte, le monde a plus que jamais besoin de connaissances et de preuves. Pourtant, la voix de la science est trop souvent mal comprise, mal utilisée, ignorée ou ne répond pas aux besoins des conseillers et des décideurs politiques. Il n'y a jamais eu autant d'interfaces science-politique et de mécanismes de conseil, ni autant d'évaluations produites, par exemple, sur l'état de la biodiversité, la dégradation de l'environnement ou le changement climatique. Cependant, leur adoption et leur mise en œuvre dans les domaines politique et public restent bien en deçà de ce qui est nécessaire pour relever ces défis. Nous avons besoin d'une correction de trajectoire : une correction qui rende les connaissances exploitables et, par voie de conséquence, qui rende l'action bien informée.

Notre réponse : Le processus de Montpellier

En participant au processus de Montpellier, nous répondons aux défis d'aujourd'hui en abordant l'impératif d'action : la transformation des sociétés et des systèmes en transformant la manière dont les communautés de la connaissance collaborent et contribuent par leurs connaissances à la réalisation des objectifs mondiaux, à l'horizon 2030 et au-delà.

Cela nécessite une vision commune et un engagement partagé en faveur de l'action. Le processus de Montpellier est une entreprise collective qui met l'accent sur le rôle actif que les communautés de la connaissance et de l'action, collectivement, peuvent et doivent jouer en tant que participants à la mise en commun de l'intelligence collective sur les processus actuels et à l'identification de solutions plausibles et souhaitables. L'essence de notre processus réside dans l'impact transformateur que nous voulons générer en redéfinissant collectivement la manière dont nous fonctionnons, nous nous engageons et nous collaborons en tant que communauté de la connaissance inclusive au niveau mondial, qui agit également au niveau local en se concentrant sur des solutions qui peuvent contribuer à un impact à grande échelle.

Nous considérons que le processus de Montpellier est unique en ce sens qu'il rassemble de multiples parties prenantes, élargissant l'espace pour que les praticiens réfléchissent aux processus de l'IPS, apprennent les uns des autres et des multiples initiatives existantes. Le champ d'application du processus de Montpellier ne se limite pas à un seul secteur, ce qui permet de réfléchir aux récits de rapprochement et aux effets de levier entre les secteurs, attirant ainsi l'attention sur les opportunités et les synergies intersectorielles qui permettent de progresser et d'agir, et de s'y concentrer. Enfin, il rassemble des acteurs qui pensent et agissent à différentes échelles, du local au mondial et inversement, tout en recherchant à la fois la complémentarité et la cohérence.


Définitions

Transformation: Changement durable et profond des systèmes, y compris au niveau des valeurs, des institutions et des politiques et pratiques qu'elles soutiennent, par opposition au changement fragmentaire ou progressif que des politiques, projets et programmes étroitement ciblés et cloisonnés peuvent produire2. Le changement transformationnel est intentionnel et directionnel.

Communautés de la connaissance: Collectifs/groupes d'acteurs qui rassemblent diverses formes de connaissances, y compris les connaissances des peuples autochtones, les connaissances locales, traditionnelles et expérientielles ou celles des praticiens. Comme l'a déclaré le Comité des droits économiques, sociaux et culturels, d'autres systèmes de connaissances et modes de savoir coexistent avec la science, y compris les connaissances locales, traditionnelles et autochtones, et ont un rôle important à jouer dans le dialogue mondial.

Interfaces science-politique (IPS): dispositifs institutionnels, forums, processus et/ou organisations dont la tâche est de faciliter le dialogue entre les scientifiques, les décideurs politiques et, dans certains cas, d'autres acteurs de la société, afin de soutenir l'élaboration de politiques inclusives fondées sur des données probantes. Les IPS peuvent être plus ou moins formels, allant des "approches de réseaux informels" avec des structures flexibles aux "modèles de plateformes" bien établis, basés sur des arrangements institutionnels et des mandats étendus et bien définis. Nous reconnaissons qu'il existe une grande diversité d'interfaces de politique scientifique, dont beaucoup s'efforcent d'être plus inclusives pour la société ou reconnaissent la nécessité de le faire. Nous incluons cette diversité en nous référant aux IPS.

Science: la recherche et l'application de la connaissance et de la compréhension du monde naturel et social en suivant une méthodologie systématique basée sur la théorie, y compris les preuves provenant d'une diversité de communautés de connaissances.


Nous avons convenu d'un axe d'action : Les systèmes alimentaires comme point d'entrée pour les questions systémiques.

Pourquoi se concentrer sur les systèmes alimentaires ? Nous reconnaissons que les approches systémiques nécessitent de prendre en compte les interactions entre les systèmes, et que la définition des frontières focales reste un défi. Toutefois, les rapports mondiaux sur le développement durable3,4 ont identifié les systèmes alimentaires comme l'un des six points d'entrée pour la transformation. Le processus de Montpellier a décidé, dans un premier temps, de se concentrer sur les systèmes alimentaires, qui sont au cœur de ses objectifs fondamentaux, à savoir nourrir, soigner et protéger, tout en reconnaissant les interactions avec d'autres systèmes (climat et environnement, transports, santé, énergie, etc.)

Bien que les systèmes alimentaires aient été efficaces et produisent actuellement suffisamment de nourriture pour nourrir le monde1, ils ne sont pas suffisamment équitables et entraînent des coûts sociaux et environnementaux considérables5. Ils ont un impact considérable sur l'environnement, représentant 30 % des émissions de gaz à effet de serre6 et 40 % de la répartition des terres7, avec des effets encore plus importants sur la pollution des sols et de l'eau, la consommation d'eau douce et l'appauvrissement de la biodiversité3. Les océans sont soumis à des pressions considérables et à la surpêche, et les écosystèmes marins et d'eau douce sont fortement touchés par la pollution et la demande d'énergie éolienne renouvelable. Les systèmes alimentaires sont actuellement un facteur de mauvaise santé, plus de la moitié de la population mondiale ayant du mal à accéder à une alimentation saine6. L'alimentation sous-tend l'identité culturelle et est facile à communiquer, avec des agents allant des membres de la famille aux décideurs politiques. Il est de plus en plus évident que les objectifs des conventions mondiales existantes ne peuvent être atteints sans une contribution significative des interventions sur le système alimentaire. Les efforts actuellement déployés par les pays pour identifier et mettre en œuvre des voies nationales pour les systèmes alimentaires constituent un cycle politique efficace et accessible qui recherche la participation, l'interaction et les contributions de la communauté des connaissances, comme le mentionne la déclaration des Émirats de la CCNUCC1 COP28 sur l'agriculture durable, les systèmes alimentaires résilients et l'action pour le climat2. Enfin, l'alimentation étant à l'intersection de plusieurs groupes intergouvernementaux officiels, il est nécessaire d'articuler des interfaces science-politique et une collaboration efficaces pour soutenir l'action d'une diversité d'acteurs, y compris les pays, les villes, les entreprises et les citoyens, et pour opérer des transitions justes et équitables vers des systèmes alimentaires résilients et durables. Nous, le Processus de Montpellier, avons l'intention, à terme, d'étendre notre travail collectif à l'ensemble des interfaces, sur la base de l'expérimentation, de l'innovation, de l'apprentissage continu et de la résolution mutuelle des problèmes.


Principes directeurs du processus de Montpellier

  • Pluralisme et justice : Nous valorisons la diversité et nous nous engageons de manière collaborative et inclusive. Nous reconnaissons que cela nécessite une plus grande participation des divers détenteurs de connaissances à l'encadrement des discussions, au processus de transformation, ainsi que l'inclusion de leurs connaissances en tant que résultat de la transformation. Il s'agit notamment d'accorder une attention accrue à l'amplification et à l'autonomisation des voix historiquement exclues ou marginalisées, telles que celles des pays du Sud, des peuples autochtones, des femmes et des jeunes.
  • Ouverture : Dans le paradigme de la science ouverte, nous nous engageons à faire preuve d'ouverture d'esprit pour faire face aux contraintes institutionnelles / structurelles sur les types de collaboration qui seront nécessaires - et pour les surmonter. Nous sommes ouverts à la diversité des opinions et des modes de fonctionnement, y compris aux nouveaux moyens de rassembler la communauté dans des espaces virtuels innovants. L'ouverture est un moyen d'éliminer les obstacles au partage des données, des informations et des connaissances, ainsi qu'à la collaboration avec les divers acteurs concernés, afin de soutenir le changement transformateur.
  • Un engagement équitable et inclusif : Les scientifiques participent à un processus qui inclut une diversité de parties prenantes issues de milieux culturels différents, qui servent tous de partenaires dans la cocréation de connaissances exploitables. Les scientifiques apportent des théories, des méthodes, des outils, de l'expertise, de l'expérience et des approches systémiques et systématiques qui englobent et clarifient la complexité afin de créer des solutions qui fonctionnent pour toutes les parties prenantes.
  • La nécessité de travailler à plusieurs échelles, dans plusieurs domaines et dans plusieurs disciplines : Il est essentiel d'assurer la convergence et la cohérence entre les solutions locales contextualisées et l'action et l'impact collectifs à l'échelle mondiale. Cette convergence est également nécessaire pour aborder, prévenir ou supprimer les compromis entre les activités économiques sectorielles et les impacts, en mettant l'accent sur les approches interdisciplinaires et transdisciplinaires.
  • Transparence et responsabilité : La transparence fait partie du processus plus large de gouvernance informée et d'apprentissage organisationnel. La transparence accroît la fiabilité et contribue à la responsabilisation.

Nos objectifs et méthodes de travail

aradoxalement, nous observons actuellement une profusion d'initiatives dans des cas d'utilisation vivants, notamment des villes et des acteurs locaux qui prennent l'initiative de faire évoluer les systèmes alimentaires, mais il subsiste une polarisation générale et une procrastination qui rendent l'impact à l'échelle difficile. D'où la nécessité de tirer des enseignements des initiatives en cours et de mettre en place le cadre et l'environnement nécessaires. Dans un tel contexte, nous convenons que le processus de Montpellier cherche à stimuler et à soutenir les actions qui favorisent la collaboration et l'apprentissage entre les acteurs, les institutions et les systèmes de connaissances, du niveau local au niveau mondial, en mettant l'accent sur la transformation des interfaces entre la science et la politique afin de favoriser les transformations des systèmes alimentaires. Dans cette optique, le processus vise à :

  • Construire une communauté de pratique mondiale inclusive et orientée vers l'action, qui s'engage à accroître les niveaux d'ambition et de capacité pour transformer les interfaces science-politique locales, nationales et mondiales et amplifier leur utilité et leur impact.
  • Fournir des "espaces sûrs risqués" ou des espaces sûrs pour la prise de risque où les individus et les acteurs s'engagent avec la volonté de réfléchir à leur propre position, ainsi qu'à celles des autres, et d'agir en fonction de cette position en reconnaissant leur capacité à agir en tant que moteur clé du changement.

Le processus de Montpellier vise à créer des "espaces sûrs et risqués" pour la prise de risques afin de faire progresser le dialogue nécessaire, les progrès et l'impact des interfaces science-politique sur les objectifs mondiaux. Les espaces de sécurité à risque sont conçus pour faciliter un dialogue et une compréhension approfondis, notamment sur les sujets à forte tension. Ils créent un espace où les individus s'engagent avec la volonté de réfléchir à leur propre position, ainsi qu'à celle des autres, et d'agir en fonction de cette position, en reconnaissant leur pouvoir d'agir en tant que moteur clé du changement, ainsi que le pouvoir potentiellement limité des autres. La première étape reconnaît que, souvent, nous ne comprenons même pas pourquoi nous sommes en désaccord. Cette première étape permet à tous les acteurs d'exprimer leurs positions sans jugement, par le biais de la médiation, afin de comprendre les origines et la logique des positions polarisées. Cela permet de passer à l'étape suivante, par le dialogue, la compréhension, la reformulation et l'accord collectif sur les points de désaccord entre les membres de la communauté et sur les raisons de ce désaccord. L'étape 2 est un subtil précurseur de l'étape 3, qui entame un processus de co-conception collective plus approfondi, permettant d'affiner les points de divergence fondamentaux et les raisons de ces divergences. En d'autres termes, après la médiation et une compréhension claire de l'origine et de la raison d'être des différences, une compréhension collective des points sur lesquels il existe des différences fondamentales dont l'origine n'est pas un manque de compréhension et d'empathie. Et enfin, quatrième étape, lorsque c'est possible et pertinent, un dialogue délibéré et continu pour parvenir à un accord sur l'accord - ce qui inclut la reconnaissance des points de désaccord persistants et de leurs raisons. La ligne rouge en pointillés délimitant les quatre étapes indique le niveau d'effort croissant nécessaire pour atteindre la quatrième étape, mais montre que même les étapes 2 et 3 sont des moyens puissants d'améliorer la compréhension et l'alignement.


Nous affirmons que le Processus de Montpellier ne fonctionnera pas comme une nouvelle organisation, mais comme un processus collectif, appartenant à la communauté, convoqué et géré pour la communauté par une alliance de partenaires. Les réunions régulières de la communauté serviront de pierre angulaire au fonctionnement du Processus. D'autres activités - formelles et informelles, au niveau mondial ou régional, initiées collectivement ou par des sous-groupes communautaires - découleront de ces réunions et seront partagées avec la communauté à des fins d'inspiration et d'apprentissage. Plus précisément, les réunions régulières de la communauté permettront

  • Faciliter les activités de collaboration croisée, à la fois formelles et informelles, entre les IPS ayant des compétences disciplinaires, géographiques ou spécifiques distinctes, dans le but d'accroître leur capacité à partager des connaissances cohérentes et plus exploitables, ancrées dans des initiatives locales, nationales et mondiales, les informant et répondant à leurs besoins, et en collaboration avec d'autres acteurs œuvrant pour nourrir, protéger et prendre soin des personnes et de la planète.
  • Soutenir la mise en œuvre et l'apprentissage à partir de cas d'utilisation concrets contribuant au renforcement des interfaces science-politique, à la transformation des systèmes alimentaires aux niveaux local et national et à l'impact à grande échelle.
  • Anticiper le programme de développement mondial au-delà de 2030, y compris le cadre de la Décennie internationale de la science des Nations unies (2024-2033).

Les actions que nous nous engageons à mener

La communauté de pratique constituée dans le cadre du processus de Montpellier s'est engagée sur six voies qui requièrent un engagement concret pour réaliser son ambition.

(1) Renforcer et adapter les accords institutionnels entre et au sein des institutions de la connaissance, des évaluations indépendantes et des IPS intergouvernementaux pour que l'action soit connue et que la connaissance soit exploitable, et pour avoir un impact à grande échelle. Créer des espaces sûrs et risqués pour tirer des enseignements des cas d'utilisation et des IPS en reproduisant le processus de Montpellier à différentes échelles et dans diverses zones géographiques. Se concentrer sur l'amélioration des questions de gouvernance par l'apprentissage croisé de la manière dont les systèmes de connaissance peuvent être conçus pour faire face aux points de tension et à la complexité de la transformation des systèmes alimentaires. Permettre la collaboration entre les IPS existants afin de mettre en commun l'intelligence collective et les ressources par le biais d'évaluations collaboratives par les pairs. Des appels conjoints pour des évaluations thématiques, des références croisées et des glossaires et bases de données partagés.

(2) Permettre la connaissance et la formation: faciliter l'engagement des plateformes de science et de connaissance dans des cas d'utilisation. Créer des pôles politiques et d'autres espaces permettant aux scientifiques de s'intégrer ou de participer aux processus politiques (congés sabbatiques, consultations, détachements, stages et postes) aux niveaux local et national, par exemple en développant des pôles régionaux et des laboratoires politiques nationaux. Créer une capacité de réaction rapide aux politiques et actions politiques émergentes (par exemple, commentaires, pétitions, actions collectives).

(3) Agir sur l'inclusion: permettre une plus grande représentation et une plus grande diversité dans la participation aux IPS, y compris des opportunités de leadership pour les sciences sociales et les acteurs non universitaires, par le développement d'une culture de l'honnêteté concernant à la fois l'exclusion et les injustices, en reconnaissant que ces perspectives sont cruciales pour une transformation juste, ainsi que pour des résultats justes. Réinventer constamment la manière dont les dialogues sont menés en mettant l'accent sur les structures horizontales qui ont été utilisées dans le processus de Montpellier. Améliorer le processus de Montpellier en abordant d'importantes questions de gouvernance concernant la diversité et l'hétérogénéité des contributeurs et les asymétries de pouvoir. Veiller à ce que des points d'entrée multiples, différents et réguliers soient maintenus afin d'accroître continuellement l'inclusion.

(4) Permettre la communication: accroître la capacité de compréhension mutuelle entre les communautés scientifiques, politiques et sociales en renforçant la capacité de médiation et en développant un récit commun entre les secteurs, les acteurs et les institutions. Faciliter les dialogues itératifs et interactifs entre les communautés de la connaissance et de la politique pour comprendre et formuler les questions à aborder et les réponses nécessaires (lacunes dans les connaissances) afin de mettre en œuvre des politiques qui fonctionnent pour la société et la planète, tout en conservant la capacité et l'indépendance de mettre en évidence les questions difficiles auxquelles certains acteurs ne veulent pas répondre.

(5) Remplir et adapter la boîte à outils de la connaissance: rendre une diversité d'outils accessibles aux communautés de la connaissance et de l'action, y compris une évaluation de ceux de ces outils qui doivent être préparés et améliorés à l'appui de la politique et de l'action. La boîte à outils de la connaissance n'est pas un modèle ou un schéma directeur, mais plutôt un portefeuille de méthodes et de bonnes pratiques qui peuvent être mobilisées pour s'assurer que les connaissances et les outils techniques sont utilisés de manière appropriée et efficace dans le cadre d'un processus interactif, inclusif et intégratif.

(6) Faire converger les secteurs public et privé pour produire des biens publics: travailler avec une diversité d'acteurs du secteur privé pour aider à aligner des objectifs communs, notamment sur la production de biens publics, et pour que la science soit en mesure d'établir la confiance et de collaborer avec le secteur privé d'une manière transparente et équitable sur des résultats communs, au-delà de la reconnaissance d'intérêts divergents. Il s'agit notamment de parvenir à un plus grand consensus sur les objectifs partagés et les paramètres qui leur sont associés, de les utiliser pour élaborer des normes et d'identifier les innovations qui contribuent à la production de biens publics pour la société et la planète.

Grâce au processus de Montpellier, notre objectif est d'améliorer nos actions individuelles, institutionnelles et collectives dans le domaine des interfaces science-politique. Le processus de Montpellier se réunira à nouveau lorsque des opportunités clés se présenteront pour socialiser, tester et modéliser sa pratique de l'interface science-politique et périodiquement pour apprendre intentionnellement et faire progresser sa pratique. Nous prévoyons d'organiser des dialogues dans des forums multilatéraux tels que la CDB des Nations Unies COP16 en 2024, la CCNUCC COP 30 en 2025, et le Stockholm Food Forum en 2025, ainsi que des forums régionaux, nationaux et locaux tout au long de cette période.

Le succès du processus de Montpellier réside dans sa copropriété durable et dans la diversité de sa participation active à la recherche de solutions évolutives et urgentes pour nourrir, protéger et soigner la planète et ses habitants.

Signé par : Les participants au processus de Montpellier

Références

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https://sustainabledevelopment.un.org/content/documents/24797GSDR_report_2019.pdf (2019).

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